LAMARCHE-OVIZE

La galerie

Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize (1978 et 1980) travaillent ensemble depuis 2006. Ils vivent et travaillent à Bobigny.
Leur pratique combine dessins et céramiques et met en jeu les différents styles et modes de représentation hérités de l’histoire de l’art et de l’artisanat. Un langage visuel soutenu par le dessin, pour le dessin.
Leur travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles: Musée de la chasse et de la nature, fondation Francois Sommer, Paris, 2025, Musée des beaux-arts de la Chaux-de-fonds, Suisse, 2022, Frac Normandie Caen, 2020, drawinglab, paris 2019, Galerie Lefebvre&fils, Paris, 2019, galerie G-N Vallois, 2017, Galerie Luis Adelantado, Valencia 2017, le centre d’art du Parc Saint Léger, 2017, le grand café Saint Nazaire, 2017,…
Ils ont été en résidence au drawingcenter, New York (2016-2017), chez José Noé Suro, Guadalajara, Mexico (2015).
Leurs oeuvres sont présentes dans les collections du CNAP, Frac Pays de la loire, frac sud, NMNM, Cité de la céramique à Sèvres, fond départemental de la seine saint denis, frac midi pyrénées, et plusieurs artothèques.

Le projet

LE PAPIER PEINT BLEU

Florentine & Alexandre Lamarche-Ovize
feat Atelier Michael Woolworth, Tchikebe, Jerome Arcay, Unbuilt, la Veranda, Ker Xavier, Uchronia, Galerie Minimasterpiece, Wedonotworkalone, Haydee, Atelier Pinton, maison Minka

Pour la première édition de Signatures Art Fair, qui réunit une quarantaine de galeries et d'éditeurs autour de l'art en édition limitée, Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize ont une carte blanche pour présenter leur travail d'édition : prints, lithographies, tapis, bronzes, lampes, autant d'objets produits en petits tirages, en partie par leurs soins. Mais plutôt qu'un solo show, ils ont imaginé un projet collectif et généreux dont ils assurent le commissariat, en renversant la règle du jeu : ce ne sont pas les éditeurs qui invitent leurs artistes, mais les artistes qui invitent leurs éditeurs.

Autour d'eux se retrouvent ceux avec qui ils ont travaillé : l'atelier de Michael Woolworth, où ils développent depuis bientôt quatre ans un travail d'estampe, Minka Tissages , l'atelier Tchikebe et les éditions de La Véranda, spécialisés dans l'édition et l'impression d'œuvres d'art en sérigraphie. S'y ajoutent des structures de diffusion d'éditions d'artistes, dont Unbuilt, ainsi que deux éditeurs dont ils apprécient le travail et avec qui ils ont échangé des œuvres : Uchronia, collectif pluridisciplinaire qui déborde le cadre de l'architecture, et Ker-Xavier, maison d'édition créée par Benoît Maire et Marie Corbin, à la frontière de l'art et du design.

De chacun, ils ont emprunté une pièce : une dizaine d'objets en tout, d'une cloche en verre à un cale-porte en travertin, d'un print à un bijou fabriqué avec la galerie Minimasterpiece. Le fil qui les relie est la fragilité. Un chat en équilibre sur une tige, prêt à tomber. Une cloche renversée, comme une bulle protectrice. Une lampe dont l'ampoule se cache sous une feuille de bananier. Un vase en forme de buste tronqué, dont on ne distingue que les fesses et le dos, comme si le corps ne pouvait avancer. Une lithographie grise et géométrique de Carole Benzaken, intitulée Autoportrait. Des fantômes phosphorescents de Louise Aleksiejew que l'on espère voir s'illuminer. Des objets suspendus, abrités, hésitants, dont la présence semble parfois tenir à peu de chose.

Pour les réunir, deux récits. Le premier est Le Papier peint jaune de Charlotte Perkins Gilman. Une écrivaine est enfermée par son mari dans une maison louée pour qu'elle se repose. Il lui interdit d'écrire. Privée de toute autre activité, elle observe le papier peint jaune qui s'effrite et tente sans cesse d'en reconstituer le motif. Gilman y met en cause les traitements imposés aux femmes au nom de leur santé mentale et l'infantilisation qui les prive de leur autonomie. Florentine et Alexandre y voient une attraction et une répulsion pour le motif, qui devient aussi une échappatoire : dans ses répétitions et ses accidents, l'héroïne projette des formes imaginaires qui l'absorbent peu à peu. Le motif l'enferme autant qu'il lui ouvre un autre monde. La fin est tragique, mais ce qui retient ici les artistes tient à quelques éléments : une maison, un motif, du multiple.

Le second récit est celui du Mystère de la maison brume (éditions Magnani), bande dessinée de Lisa Mouchet qui entraîne le lecteur dans les pièces d'une demeure, à la manière d'un Cluedo. Chaque détail du décor peut nourrir l'histoire, ou plutôt les histoires. D'abord vide, le plan de la maison se remplit page après page des impressions de plusieurs narrateurs. Entrés par effraction, ceux-ci finissent par disparaître ; la maison, elle, demeure, chargée de leurs regards. Une lampe torche se promène dans le décor, n'éclairant chaque fois qu'une partie du lieu. Jamais le lecteur n'en possède une vision complète.

De ces deux livres, Florentine et Alexandre tirent une scénographie où les œuvres se mêlent sans se confondre.Reste le papier peint. Florentine aurait rêvé d'un décor unique, que l'on aurait pu déchirer à la fin de la foire, mais sa réalisation s'est révélée techniquement impossible. L'idée demeure : des figures délavées, aquarellées, qui suintent comme des taches d'humidité, d'où émergent les silhouettes d’un chat. Le décor doit être assez effacé pour ne pas concurrencer le travail des autres, assez présent pour empêcher les objets de flotter tout à fait. Comme des fantômes ou des réminiscences auxquels on tient.

Fabriquer pour les autres, c'est peut-être aussi cela : raconter avec leurs objets, trouver chez autrui une forme, une image ou une idée que l'on aurait aimé formuler soi-même. Le commissariat suppose des affinités, des amitiés, de la confiance. La fiction naît de ces relations : entre les artistes et leurs éditeurs, entre les œuvres rassemblées, puis entre le décor et ceux qui le traversent. Elle invite à suspendre son incrédulité, le temps d'une visite, pour entrer dans un monde qui n'appartient à personne tout à fait. Un monde que chacun contribue à faire exister, sans qu'aucun regard puisse en épuiser le sens ni en fixer définitivement les contours. Peut-être est-ce aussi une manière d'imaginer une société future : non pas un monde achevé, mais un monde toujours à refaire ensemble.

« C'est à l'action spontanée de tous les hommes libres qu'il appartient de la créer et de lui donner sa forme, d'ailleurs incessamment changeante comme tous les phénomènes de la vie. »
Élisée Reclus, Pourquoi sommes-nous anarchistes ? (1889)

Artistes

lamarche-ovize

Miaou, 2025 bronze, laiton, plume naturelle, 60x20x10cm édition de 8

Eleonore False

Collier #3, 2024 Série « Perles de Terre » Céramique, laiton 70 x 45 x 12 cm Réalisé dans le cadre des Résidences La Borne présentée par Unbuilt

Carole Benzakem

autoportrait (ancien), 2016 lithographie 65x43cm, edition de 20, Michael Woolworth, Paris

Jochen Holz

cloche, 2024, verre soufflé, scoubidou 36x22x22cm présenté par Ker Xavier

Tursic & Mille

SÉRIE NOIRE #1, 2025 Sérigraphie sur Arches 88 300 gr 76 x 56 cm Édition de 8 exemplaires + 2 E.A. présentés par Tchikebe

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